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Jacques Chaunavel
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Le terme tibétain est nyönmong, klesha
en sanscrit, souvent traduit par émotion
perturbatrice. Le terme affliction semble
recouvrir davantage le sens du terme tibétain
qui induit la notion dobscurcissement de lesprit.
**
Les trois autres étant : lorigine de la
souffrance, la cessation de la souffrance
et le chemin qui conduit à la libération.
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Extraits
en ligne
Les
quatre placements de l'attention
Lama
Jigmé Rinpoché
- Extrait du livret "La
vacuité" - Avril 2008
L'enseignement
concernant les Quatre placements concentrés de l'attention
est essentiel. Il s'agit d'une collection d'enseignements dont l'étude
et la compréhension sont très utiles et bénéfiques.
Le but est de comprendre la nature des phénomènes,
qu'il s'agisse du corps, de l'esprit ou tout autre phénomène.
Nos perceptions étant corrompues, nous errons dans le samsara
et pensons que les choses existent véritablement. De cette
base confuse, s'élèvent ensuite les différentes
afflictions* comme le désir, la colère ou autre. Ceci
est chose normale ; cependant, ces afflictions entraînent
le développement de nombreuses notions qui se surimposent
et nous poussent à agir. L'action entraîne certains
effets dont celui de donner à nouveaux des conditions de
renaissance dans le samsara. Nous demeurons ainsi perpétuellement
dans le samsara, déçus par nos perceptions. Des solutions
existent pour remédier à la souffrance et cet enseignement
présente notamment une méthode pour la dépasser.
L'enseignement
des quatre placements de l'attention a été énoncé
par le Bouddha. C'est une méthode simple, mais non simpliste,
qui permet de comprendre très vite le sens de la vie. Sur
la base d'une telle compréhension, il est facile de changer,
sinon il est très difficile de s'y efforcer et la pratique
n'apporte finalement aucun résultat positif. Cet enseignement
permet de mieux comprendre les phénomènes passés
en revue et ainsi de se rendre compte de la manière de rompre
la tendance de l'esprit à être attaché au samsara
et à le perpétuer constamment. Cet enseignement conduit
à la compréhension de la façon de se détacher,
c'est la clef.
Prenons
l'exemple d'une mécanique : même si elle est un peu
élaborée, il est possible, sur la base de la compréhension
de son fonctionnement, de la faire marcher. L'obtention de l'éveil
suit le même processus : la compréhension des mécanismes
du samsara et de son engendrement nous permet d'appliquer les méthodes
de la méditation en lien avec cet enseignement des quatre
placements de l'attention. C'est un moyen efficace pour se libérer
de l'ignorance.
L'enseignement
sur les quatre placements de l'attention débute par le corps.
Qu'est-ce qu'un corps physique ? Le but de l'examen du corps est
d'atteindre une conscience et une compréhension véritables
de ce qu'est un corps. Le corps est notre condition fondamentale.
La compréhension de sa nature fondamentale est directement
reliée à la première des quatre vérités
des êtres nobles : la vérité de la souffrance**.
La
notion " notre corps " entraîne un gros attachement
duquel découlent différentes afflictions telles que
colère, désir, peur ; parfois ces afflictions s'avèrent
positives comme la joie, mais elles sont appelées afflictions
parce que, dans tous les cas, rien n'est permanent et ne conduit
à la plénitude.
Sur la base du corps humain, nous développons diverses afflictions
qui aboutissent à des actions. Celles-ci produisent elles-mêmes
une réaction en chaîne créant de nouvelles causes
et donc de futurs effets. Il s'agit de la production en dépendance,
tendrel en tibétain. Ce sujet est assez délicat
et provoque souvent l'inquiétude ! Même les disciples
du Bouddha ont été un peu surpris en entendant cet
enseignement. Prenons un exemple pour expliquer ce mécanisme.
Si vous trouvez une pierre précieuse, un diamant, vous vous
féliciterez d'avoir en votre possession un objet d'une telle
valeur ; cependant, un diamant représente une somme considérable
et une inquiétude quant à sa perte ou à son
vol émergera dans votre esprit. Ainsi, votre appréciation
du diamant entraînera divers ressentis qui ne sont pas très
plaisants. Vous commencerez à considérer d'un air
suspicieux jusqu'à vos amis proches en vous demandant s'ils
ne sont pas des voleurs potentiels et toute votre perception sera
colorée par l'affliction qui domine votre esprit.
Ce constat peut être effectué dans notre expérience
quotidienne. Il est aisé de se rendre compte que l'esprit
est embrumé, qu'il manque de clarté et que, de ce
fait, germent différentes notions qui vous poussent à
agir. Ces notions peuvent être bénéfiques et
positives, d'autres sont nuisibles, ce qui est à l'origine
de nombreuses contradictions.
Imaginez ensuite qu'un expert vienne à passer devant votre
porte et vous révèle que ce diamant n'est en fait
qu'une fausse pierre sans aucune valeur. Votre déception
sera plus ou moins douloureuse, mais cette révélation
résoudra aussi tous vos problèmes : toutes les suspicions
que vous nourrissiez et toutes vos inquiétudes disparaîtront
d'un seul coup.
Le
premier placement de l'attention sur le corps fonctionne de même.
Il s'agit d'investiguer sur le corps, de chercher ce qu'il est véritablement.
Posons-nous la question : " Qui suis-je ? " La réponse
comporte plusieurs perspectives : moi, mon corps, mon nom. Le problème
vient de l'identification immédiate d'un corps avec "
mon corps ". Dès que survient cette identification,
nous sommes pris par l'illusion. Cette illusion est notre réalité,
que nous prenons pour LA réalité : de là découle
ce problème. Notre réalité n'est pas la réalité.
L'analyse du corps nous permet de clarifier cette notion.
Qu'est-ce que ce " je " ? Qu'est-ce que ce soi ? Est-ce
le corps lui-même ou s'agit-il du nom que nous lui attribuons
? L'examen de notre corps conduit à la constatation qu'il
est composé de différents membres. A leur tour, ces
membres sont également formés de plusieurs parties.
L'investigation aboutit à la conclusion que le nom est uniquement
attaché à la globalité, au rassemblement des
différents membres. Nous ratons des étapes et pensons
que la globalité est le nom et ne cherchons pas plus loin.
De cette base erronée découlent ensuite tous les concepts,
les différentes notions et idées.
Essayez de combiner l'enseignement sur les quatre placements de
l'attention avec celui de la vacuité dans la méditation.
Lorsqu'il est dit que tous les phénomènes sont vacuité,
il ne s'agit pas d'un dogme ; dans le monde actuel, les scientifiques
effectuent aussi des recherches et sont parvenus aux mêmes
conclusions. Différentes approches convergent vers les mêmes
conclusions, cela prouve qu'il y a bien une véracité
dans ce fait. Le problème est que notre esprit est complètement
" enclavé " dans ce que nous pensons être
la réalité, or celle-ci n'est pas la véritable
réalité.
La compréhension de la nature véritable des phénomènes
est tout d'abord intellectuelle, c'est une approche nécessaire
mais elle n'est pas suffisante ; il faut parvenir à une certitude,
c'est-à-dire intégrer pleinement cette compréhension.
Si nous ne l'intégrons pas personnellement, il s'agira alors
d'une connaissance superficielle qui ne résoudra pas nos
problèmes et ne changera rien. La solution est celle de la
méditation : elle permet d'affiner la compréhension
intellectuelle. Le Bouddha Shakyamuni l'a lui-même énoncé
en donnant des instructions de méditation afin de permettre
à chacun de trouver la solution. La méditation nous
permet d'être conscients de chaque situation. Nous pensons
que le corps est une entité unique mais nous manquons des
étapes ; nous allons donc revenir à chaque instant
et être conscients de chaque étape. La méditation
permet d'amener l'esprit à prendre en considération
les situations différemment.
Il
est difficile de comprendre cette idée et de la cerner, c'est
un point tellement différent de ce dont nous avons l'habitude.
Nous devons changer, c'est-à-dire passer de nos mauvaises
habitudes à une autre habitude : celle de la véritable
réalité. Une investigation est nécessaire,
qui sera ensuite affinée. Une plus grande acuité nous
permettra de comprendre l'importance de cette recherche. Viendra
ensuite une phase de réflexion qui consiste à essayer
de percer le sens. Plus le sens sera clair dans notre esprit, plus
il y aura de liberté, c'est-à-dire d'espace la conscience
de la situation. Sur la base d'une compréhension correcte
et authentique, la libération totale sera obtenue, ce qui
signifie l'obtention d'une totale liberté.
Actuellement, nous n'avons pas accès à cette liberté
totale. C'est un peu la déroute : nous nous noyons dans nos
perceptions et nos afflictions. Entendre tout cela et y réfléchir
n'est pas chose aisée, néanmoins, en nous y efforçant,
une compréhension de l'importance de ce processus apparaîtra.
Nous voulons tous la libération, mais un sentiment de peur
accompagne ce souhait parce que nous ne comprenons pas vraiment
ce qu'est cette libération. Si une compréhension prend
place, il est alors certain que l'esprit ne souhaitera plus prendre
d'autre direction que celle de la liberté. Pour ce faire,
nous devons avancer pas à pas, étape par étape.
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