SHAMAR RINPOCHE : Introduction progressive au sens de la méditation de Vimalamitra.
Suite de l'enseignement et ateliers de méditation

Lundi 23 mai 2005, troisième jour.

Ce matin, quatre cents personnes étaient à nouveau rassemblées pour écouter, après une prière de louange au Bouddha et à Manjushri, Shamar Rinpoché enseigner le sens de la méditation.
Rinpoché a rappelé les raisons de pratiquer samatha, ou chiné en tibétain, le calme mental, avant d’aborder la méditation de vipasana, ou lhaktong, la vision pénétrante.
Si dans chiné l’esprit est focalisé en un point, dans la vision pénétrante, on voit les choses de manière plus précise ; l’habileté, l’agilité que notre esprit acquiert en pratiquant chiné permettra peu à peu à une parfaite accoutumance : l’esprit sera dompté. Shamarpa nous cite l’exemple de certains disciples de Milarépa ou Gampopa qui avaient acquis une telle concentration que lorsqu’ils se focalisaient sur le feu, les gens entrant dans leurs cellules ne voyaient que des flammes : ceci est le signe d’une absorption méditative intense.
Shamar Rinpoché précise que dans le cadre du vajrayana, on est amené à visualiser l’essence de notre esprit sous la forme d’une syllabe germe ; si on n’a pas acquis, grâce à chiné, la possibilité de se concentrer en un point, il sera difficile de se concentrer sur la syllabe germe et le yidam correspondant.
Si on cherche à définir chiné et lhaktong, on peut dire que la première est une focalisation en un point, sur l’apparence de toute chose tandis que la seconde distingue parfaitement les phénomènes, c’est une concentration qui a pour but de dévoiler la nature fondamentale des choses.
Dans le texte de Vimalamitra, la méditation est expliquée en quatre étapes (ou clés) : chiné est la concentration en un point, lhaktong la sagesse discernante, la troisième étape est liée à l’expérience, la quatrième à la perfection. Le maître enseigne comment parcourir ces quatre étapes : dans chiné, on se concentre sur l’apparence éveillée du Bouddha, d’abord sur son image symbolique, ensuite on orne cette image du sens qu’elle représente en pensant aux qualités éveillées du Bouddha, par exemple les 34 marques majeures et les 80 mineures ( cf Soutra de la Souvenance des Trois Joyaux, entre autres…). Par cette vision, on pense pourvoir obtenir l’aide et la bénédiction du Bouddha. Ceci est spécifié dans des soutras anciens. Méditer sur l’image du Bouddha est bénéfique : elle dissipe les obscurcissements et augmente la rapidité de réalisation.
Nous plantons dans notre esprit le nirmanakaya, corps d’apparition du Bouddha et cela permet d’acquérir ensuite le corps de jouissance ou sambogakaya puis le dharmakaya ou corps absolu.
Shamar Rinpoché explique ensuite que l’on peut faire des offrandes symboliques au Bouddha en imaginant que l’on donne tout ce dont on peut avoir envie. En continuant à se concentrer ainsi, on acquiert une grande quiétude, une félicité qui n’ont rien à voir avec ce que l’on peut ressentir de manière ordinaire. Mais attention à ne pas éprouver de désir-attachement pour cette jouissance, ni à la saisir.
Il faut toujours se rappeler que l’on est sur la voie de l’éveil et que l’on désire quitter notre existence conditionnée. Il faut toujours tenter d’attraper une branche qui flotte quand on est emporté par une rivière torrentueuse. Ainsi est le samsara, comme un torrent impétueux mais grâce au chemin vers l’éveil, on peut générer la bodhicitta, comparable à la branche que l’on attrape. Il faut s’entraîner à la méditation encore et toujours, nous dit Rinpoché, en utilisant l’image du Bouddha comme support et il sera présent à l’esprit, on pourra même le voir en rêve, ou même, comme le bodhisattva Asanga, le rencontrer, mais ceci est une autre histoire…

Dans la deuxième étape, la vision pénétrante ou lhaktong, on prendra toujours l’image du Bouddha comme support. Après avoir obtenu le calme mental, on s’entraîne au discernement : on recherche le corps du Bouddha : mais qu’est-il ? les bras, les jambes, les épaules, etc. ? Grâce à la sagesse et à la discrimination analytique, on parvient à voir que le Bouddha n’a pas d’existence inhérente, tout est interdépendant, aucune parcelle du corps n’existe pas par elle-même. Ensuite, on applique cette vision à toute chose extérieure, puis à soi-même, et on se rend compte que rien n’a d’existence inhérente.
Ainsi, par l’expérience de la vision pénétrante, on aura une expérience du vide, de la vacuité.

Pour terminer la matinée, Shamarpa nous met en garde contre deux obstacles majeurs à la méditation : la torpeur et/ou l’agitation. La torpeur peut être provoquée soit par un karma négatif, soit par manque de concentration, soit à cause d’une santé défaillante, soit parce qu’on mange trop ! Si l’esprit est agité, tendu, cela peut provenir de l’attachement au samsara et à ses activités, aux préoccupations de la vie. Il faut toujours revenir à son point de concentration, se relâcher.

Dans l’après-midi, il y eut des méditations guidées pour mettre en application les enseignements de Shamarpa, par petits groupes, entraînés par différents lamas et drouplas. Il y eut des questions/réponses et, bien sûr, des séances de méditations, sous la rotonde, dans le temple et pour certains, dans l’herbe…

A demain !


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Site de Shamar Rinpoche :
http://www.shamarpa.org

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