KANDRO RINPOCHE
Du vendredi 12 mai au dimanche 14 mai 2006

Les trois entraînements : l'éthique, la méditation et la sagesse

Les enseignements de Kandro Rinpoché se sont déroulés les 12, 13 et 14 mai devant une assemblée très nombreuse, la rotonde suffisait à peine à accueillir tout le monde et chacun s’est pris alors à rêver au futur Institut.
L’enseignement de Rinpoché a porté sur les trois entraînements ( l’éthique, la méditation et la sagesse ), à partir des textes de base : Lodjong d’Atisha, Bodhicaryavatara de Santidéva et les 37 pratiques d’Asanga.
Après l’offrande d’un mandala de l’univers particulièrement abondant et quelques paroles de bienvenue, Rinpoché a manifesté sa joie d’être à Dhagpo où elle «  se sent chez elle », elle s’est réjouie de l’ancrage du Dharma en Dordogne grâce à la communauté des pratiquants de Dhagpo et des alentours.

Le matérialisme spirituel
Rinpoché a attiré notre attention sur différentes méthodes ( décoration florale, cérémonie du thé, thérapie par les couleurs, etc .) qui permettent d’obtenir un certain bien-être. Ces méthodes sont bénéfiques dans la mesure où elles aident à poser l’esprit ; elles peuvent servir d’introduction pour regarder en nous-mêmes. De même, l’approche des philosophies anciennes abordées de manière nouvelle peut être bénéfique si c’est fait dans le but d’aider les êtres.
Cependant, en rester à un bienfait temporaire en oubliant d’aller vers notre nature profonde est dangereux, le bienfait obtenu ne doit pas faire oublier le but : l’intention première du Dharma est d’avoir un regard sur soi pour transformer les attitudes nuisibles aux êtres.
Sans cette motivation, nous risquons de nous laisser fasciner par les méthodes et de nous fourvoyer dans le matérialisme spirituel : être fascinés par les mantras, les visualisations, la divinité ou le maître n’est pas juste : la méthode devient l’essentiel au détriment du but.

L’éthique
« Elle est en lien étroit avec la capacité de s’observer soi-même ; à cette capacité d’introspection, il faut ajouter le Dharma. L’union de la connaissance du Dharma et d’une analyse honnête de soi-même permet de devenir meilleur tout naturellement. »
La simple bonté commence par le fait d’être heureux, qui lui-même est généré par le contentement. Se contenter, c’est ne pas interférer avec quoi que ce soit, être satisfait de l’instant présent tel qu’il est. C’est ainsi qu’on devient alors naturellement bienveillant.
Puis, Rinpoche a donné quelques instructions précises sur la manière de se comporter au quotidien pour être heureux.

La méditation
En introduction de cette matinée de samedi, Rinpoché nous invite à prendre exemple sur Lama Poursté :  « C’est pour un centre une chance d’avoir un tel exemple, une telle référence. Parfois, on aborde l’approche spirituelle avec une certaine exubérance, mais cette exubérance devra laisser place à la simplicité et à la stabilité. En cela, lama Pourtsé est un exemple extraordinaire par son extrême simplicité. »
Et, continue Kandro Rinpoché, il est aussi une illustration de la 11° action bénéfique liée à l’éthique, « la capacité à dompter les esprits par des miracles. » Les miracles ne sont pas ce qu’on croit, ils répondent à une nécessité de l’instant, dans un contexte précis, à une époque donnée. De nos jours, nous pouvons nous déplacer un avion, il n’est donc plus nécessaire de voler dans les airs, les miracles ont changé de forme : dans le chaos ambiant, maintenir une vue juste du Dharma et demeurer dans un profond samadhi, voilà le miracle !
Rinpoché aborde ensuite le deuxième entraînement, la méditation.
Nous avons tendance à séparer méditation et vie ordinaire, alors que, dit Rinpoché, plus nous sommes conscients de chaque instant de l’activité quotidienne, plus nous allons développer une base solide pour le samadhi.
Attention au quotidien et méditation vont se renforcer mutuellement.
L’après-midi, Rinpoché a expliqué les différentes formes de méditation, détaillé les obstacles que l’on peut rencontrer dans la pratique et donné les antidotes à appliquer.
Tout d’abord, Rinpoché a souligné qu’auparavant, les maîtres donnaient les instructions de méditations par étapes, au moment opportun, en fonction des progrès du pratiquant et de ses questions. Maintenant, nous avons les réponses avant de nous poser les questions. Or, il est important que les questions s’élèvent de notre expérience afin que notre pratique s’appuie sur notre potentiel actuel.
Les obstacles que l’on peut rencontrer sont au nombre de 5 :
La paresse, l’oubli des enseignements, la torpeur et l’agitation, la non utilisation des antidotes et enfin l’utilisation abusive des antidotes.
Pour venir à bout de ces obstacles, 8 antidotes :
La motivation, la dévotion, la diligence, la souplesse, la vigilance, l’attention, l’application des antidotes et l’équanimité.
A la fin de la journée une quinzaine de personnes ont pris refuge et lors de cette cérémonie Rinpoché a rappelé en quelques mots le sens de cette démarche, fondement de la pratique ultérieure.
« Le Dharma ne dépend pas d’une philosophie, c’est la vérité, qu’on va trouver en soi, vérité appelée éveil. La découverte de cette vérité est la seule raison d’être de la méditation.
En prenant refuge, nous nous engageons à dédier notre vie à cette recherche de la vérité naturelle, qui va contribuer à soulager tous les êtres. »

La sagesse
Il est difficile de résumer en quelques lignes un enseignement si riche, précis et détaillé ; en voici quelques points clés.
Rinpoché a longuement insisté sur la nécessité de développer la confiance en notre nature, fondamentalement bonne ; toutes les philosophies en parlent, toutes les religions ( l’islam, l’hindouisme, le judaïsme, le christianisme…) ont apporté leur contribution à cette vérité.
« Par manque de confiance dans la bonté fondamentale, nous pensons qu’il y a quelque chose à améliorer, ce qui nous amène à chercher à l’extérieur d’autres qualités, d’autres méthodes. Ceci génère inquiétude, anxiété et agitation. La méditation bouddhiste est à l’opposé, elle consiste à demeurer dans la simplicité de ce qui est. »
« Tant qu’il y a l’espoir et la peur, il est impossible de mettre fin à l’activité de l’ego ; ces deux émotions ont le pouvoir de générer le samsara, la manifestation de notre activité est la résonance de notre espoir et de notre peur. »
« Les qualités sans la sagesse ne nous conduiront pas à l’éveil, ainsi,la compassion sans la sagesse peut être notre pire ennemi car l’ego peut s’appuyer sur une telle compassion pour développer sa tendance à l’activité incessante et se cacher sous le couvert de la compassion pour développer arrogance, jalousie…L’ego est très doué pour manipuler les qualités à son profit. »
Dans l’exposé sur les 3 types de sagesse ( mondaine, supra-mondaine et ultime), Rinpoché a montré l’importance d’une écoute et d’une réflexion justes, bases d’une méditation juste.
Nous avons tendance à écouter les enseignements d’une oreille sélective, retenant ce que nous aimons, ce que nous comprenons, ce que nous pensons pouvoir mettre en pratique. Or, cette habitude permet à l’ego de continuer, brise notre confiance en notre vraie nature.
Nous décidons souvent à l’avance de ce que nous venons chercher dans un enseignement ; sur 100 sujets abordés, 10 nous satisfont, et 90 sont difficiles à entendre car ce sont des antidotes de l’ego. L’ego est assez intelligent pour nous faire croire que ça va être trop dur pour nous, il instille en nous un manque de confiance et nous choisissons donc de mal comprendre.
Le courage et l’honnêteté consistent à écouter tous les mots, sans choisir, de prendre tout ce qui est donné et d’y réfléchir, sans interpréter les choses, en les exagérant ou en les négligeant.
Rinpoché a ensuite donné de précieuses instructions de méditation et nous a décrit le chemin qui mène à la sagesse.

Kandro Rinpoché a conclu son enseignement par des souhaits de longue vie pour tous les grands maîtres de toutes les lignées, elle a chaleureusement remercié tous ceux qui ont rendu possible cette rencontre, les lamas, les traducteurs, les organisateurs... Elle a invité les participants à considérer tous les êtres avec le même amour que celui qu’ils lui ont manifesté.
Droupla Tséwang s’est exprimé au nom de tous pour prier Rinpoché de nous garder dans sa compassion aussi longtemps que durera le samsara.

 

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