Leur motivation, fondée sur le vœu de bodhisattva d'accomplir le bienfait des autres, était de transmettre le Saint Dharma. Quelle est la manière la plus efficace d'accomplir le bienfait des autres ? C'est de leur apporter le dharma, cela est la forme supérieure du don, l'activité par excellence du "boddhisattva". Le don du dharma ne peut être comparé à aucune autre forme de générosité. Un don matériel est tout à fait remarquable, mais il est temporaire, il ne dure pas longtemps. Au mieux, il ne dépasse pas le cadre de cette vie. Je ne veux pas dire que la générosité matérielle soit quelque chose de négligeable ; elle est, au contraire, utile et profitable à de nombreux êtres. Mais, parmi toutes les formes de générosité, celle du dharma est supérieure, et c'est pourquoi nous l'adoptons. Conscients que cette générosité donnerait aux êtres les moyens de leur libération, pour cette vie et les suivantes, nous nous y sommes appliqués sans hésitation et sans reculer devant ses difficultés matérielles.
En face de conditions insuffisantes, nous avons pratiqué la patience ! Bien que les perspectives de développement du centre ne se soient pas toujours, au le Gyalwa Karmapa avait prédit que quelque chose de très bénéfique se développerait ici, et que nous avons foi en sa parole.
Nous pensions aussi qu'il était de notre devoir de faire de notre mieux pour les habitants de ce pays, en leur offrant le dharma.
Par rapport à la situation primitive que j'évoquais (le foyer de pierres, etc.), un progrès important a été réalisé : ce qui n'était qu'une étable est devenu un temple. Tout le monde a compris la nécessité d'améliorer la situation, et le changement est visible...
La continuation de ce progrès porte, en premier lieu, sur l'amélioration de la structure d'accueil, afin que ceux qui viennent ici pour recevoir des enseignements trouvent des conditions de séjour confortables.
L'ensemble de cet acquis demeurera en France. Les lamas tibétains n'en obtiendront rien en retour ; rien, hormis la satisfaction de pratiquer la générosité du dharma, conformément à leurs souhaits.
L'autre pas important de ce progrès, c'est la croissance positive des centres Karma Teksoum Tcheuling, affiliés à Dhagpo Kagyu Ling. Leur essor est la condition qui permettra, dans le futur, l'extension du centre : la construction d'un grand bâtiment (l'Institut) mieux adapté pour recevoir des participants de plus en plus nombreux aux enseignements, offrant de meilleures conditions d'accueil, par exemple quelques chambres destinées aux invités, en nombre limité afin que cela ne nuise pas à l'atmosphère du lieu. Nous ne devons pas porter préjudice à l'environnement, et nous n'en avons pas l'intention.
Cette région est belle du point de vue des paysages, mais il est important qu'elle le soit aussi en essence ; elle doit s'enrichir d'une beauté spirituelle et humaine, pas seulement naturelle.
Nos efforts doivent, dorénavant, se diriger vers ces réalisations.

Q - Rinpoché, pouvez-vous nous préciser votre position et votre rôle à Dhagpo Kagyu Ling, en relation avec votre activité plus générale ?

R - Ma position est celle des Shamarpas. En tibétain, Shamarpa veut dire : "Le Détenteur de la Coiffe Rouge" (Sha = coiffe, mar = rouge, pa = celui qui est détenteur).
Je suis officiellement le onzième détenteur du Siège des Shamarpas, mais du point de vue des incarnations, je suis la quatorzième réincarnation. Entre le dixième Shamarpa et moi, il y a eu une vacance du siège des Shamarpas ; quelques incarnations apparurent mais ne purent être intronisées pour des raisons politiques, non pour des raisons spirituelles mais uniquement politiques, similaires à ce qui se produisit au moment de la destruction du monastère de Nalanda, lors des invasions musulmanes. Maintenant, je suis donc le onzième détenteur du Siège, mais la quatorzième réincarnation des Shamarpas. De la deuxième à la dixième incarnation, tous les Shamarpas furent responsables de l'organisation des monastères des Gyalwa Karmapas. Les Karmapas, "Détenteur de la Coiffe Noire", et les Shamarpas, "Détenteur de la Coiffe Rouge", ne peuvent avoir une administration séparée. Cela est en accord avec l'histoire passée. Les Shamarpas ne se distinguent pas de Sa Sainteté Karmapa ; ils sont comme son bras droit. Cela a toujours été ainsi, c'est pour cela qu'il n'y a pas deux gestions séparées. Donc, après la disparition du 16ème Gyalwa Karmapa, la charge de ses monastères m'est revenue, et lorsque le 17ème Gyalwa Karmapa sera en âge d'en reprendre la direction, je serai son second.
Dhagpo Kagyu Ling est l'un de ses principaux sièges de par le monde, et le premier en Europe. Il fut créé dans le but de dispenser son activité de générosité spirituelle plus particulièrement à travers l'Europe. C'est pourquoi je suis si intimement lié à ce centre. J'en ai la charge, et celle-ci pèse encore plus lourd sur mes épaules de nos jours. C'est pour cette raison que, bien que mon temps soit limité, je viens souvent pour de longues périodes enseigner à Dhagpo Kagyu Ling. De nombreux autres centres m'invitent à venir, mais je ne peux m'y rendre par manque de temps, et aussi à cause de cette responsabilité particulière qui m'incombe envers Dhagpo Kagyu Ling.


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